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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 00:10

 

Maitres des affaires

 

« Les maîtres des affaires » ! 

Ainsi commençait cet article de l’Express paru en 2005.  

Texte prémonitoire ou simple « marronnier » ?  

Sur le moment, nous n’y avons pas prêté d’attention plus que de mesure. Après tout, ces « affaires » ne nous concernaient pas car nous étions entre Frères probes, libres et de bonnes mœurs.  

Et puis, des Vénérables Maîtres, des Officiers et Grand-Maîtres Provinciaux veillaient sur la bonne marche de la GLNF...et le discours aux curieux était plutôt dans le style « circulez, il n’y a rien à voir »...

Quelle leçon avons-nous pris ces dernières années !

 

Afin que plus jamais cela ne puisse se produire et pour que nous ne soyons plus entraînés dans des dérives nauséabondes par des « Maîtres des affaires », il est important que nous restions vigilants et surtout que nous gardions en mémoire ces faits, ces actes et ses paroles.


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Les adhérents affluent vers la deuxième obédience de France. Parce qu'elle ne chasse pas ses brebis galeuses, accusent ses détracteurs. En tout cas, combines et règlements de comptes s'y succèdent

La Grande Loge nationale française (GLNF) est-elle une surdouée de la classe maçonnique?

Ses nombreux détracteurs la comparent plutôt à une mauvaise herbe ou à un champignon vénéneux.

Deuxième obédience derrière le Grand Orient de France (GO) et devant la Grande Loge de France (GLDF), la GLNF a vu son nombre d'adhérents augmenter deux fois plus vite que le reste de la maçonnerie hexagonale, en bondissant de 6 000 à 35 000 en trente-cinq ans.

 

Puisque «la GLNF est aussi florissante et fait preuve d'une telle vitalité, déclarait en 2003, pour le 90ème anniversaire de l'obédience, son Grand-Maître, Jean-Charles Foellner, 62 ans, sa croissance laisse espérer qu'un jour prochain nos couleurs flotteront plus haut que toutes les autres».

Une perspective peut-être proche, puisque sa progression s'accélère.

«Parce que nous sommes spiritualistes par essence et que les autres obédiences se sont éloignées de la voie initiatique», explique l'avocat François Stifani, 57 ans, assistant Grand-Maître et porte-parole de Foellner.

 

Paradoxalement, ce développement se nourrit aussi goulûment des scandales publics et des guerres fratricides.

A partir de la fin des années 1990, les magazines dénoncent régulièrement l'implication de frères «trois points» dans des affaires politico-financières.

En guise de contre-offensive, le GO et la GLDF tirent au bazooka contre leurs frères ennemis.

«Alors que nous faisons du tri sélectif de déchets, la GLNF fait du recyclage, à son corps défendant», déclare Alain Bauer, alors Grand-Maître du GO, lançant sa campagne «tabliers propres».

«Les membres de la GLNF n'ayant pas le droit de visiter les maçons des autres obédiences dans leurs loges, ils le font dans les fraternelles, ce qui les conduit à l'affairisme», assène Michel Barat, alors Grand-Maître de la GLDF.

 

Après avoir digéré l'affront, Foellner a accepté l'échange des fichiers des exclus, pour cesser d'accueillir les brebis galeuses chassées par les autres, et a adopté un discours critique sur les fraternelles, ces regroupements de maçons par profession, qui portent en germe la corruption.

Mais le tir de barrage de Barat et de Bauer contre la GLNF, accusée de manière presque explicite de dérives mafieuses, a eu un effet inattendu: augmenter son rythme de recrutement !

Lorsqu'on initie beaucoup d'hommes d'affaires, d'avocats, de magistrats, de juges consulaires ou de policiers, et que cela se sait, il n'est pas surprenant que l'on attire parfois des candidats à la moralité douteuse, des «planches pourries».

«La GLNF n'a changé qu'en surface, soutient Roger Dachez, président de l'Institut maçonnique de France. Elle est toujours rongée par le cancer de l'affairisme, faute de pouvoir effacer quarante années de cooptations sur critères socioprofessionnels, sur l'influence sociale.»

A la GLNF, la capitation (cotisation annuelle) est d'ailleurs plus élevée que dans les autres fédérations de loges: 550 euros au lieu de 350.

 

Rivalités peu fraternelles

En fait, ces dernières années, la guerre thermonucléaire a surtout eu lieu entre la GLNF et la GLDF, les deux obédiences les plus en concurrence.

Il fallait oser ! Consciente de la faible progression du nombre de ses initiés, en 2000, la GLDF se paie une pleine page de publicité dans Le Figaro, pour faire savoir qu'il ne faut pas confondre GLDF et GLNF, malgré le «rapprochement phonétique», puisque la GLDF, «à d'infimes exceptions près, n'est pas concernée par ces révélations» d'affaires impliquant des maçons.

Pourquoi une telle rivalité, si peu fraternelle?

C'est le combat de la «régularité». Le Vatican des maçons s'appelle la Grande Loge Unie d'Angleterre, qui ne reconnaît comme régulière qu'une seule obédience par Etat.

Pour la France, c'est la GLNF. A charge pour elle d'obliger ses membres à croire au Grand Architecte de l'Univers et à Dieu, à prêter serment sur un livre saint et à ne pas évoquer en loge des sujets politiques ou religieux.

 

Or, la GLDF a toujours été attirée par la régularité, comme les papillons par la lumière.

En 2001, elle est parvenue à se faire reconnaître par une obédience régulière, la Grande Loge du Minnesota… dans le dos de la GLNF.

Suprême fut sa colère et violente sa contre-attaque : cette dernière demanda aux autres grandes loges américaines de faire pression sur celle du Minnesota…qui finit par faire machine arrière.

En 2003 et 2004, sous la Grande-Maîtrise d'Yves-Max Viton, les relations se sont réchauffées, mais, depuis l'élection d'Alain Pozarnik, théoricien de l'«être intérieur», la GLDF s'est recroquevillée sur elle-même.

«Souffrant de l'absence de reconnaissance internationale, il est probable que, à moyen terme, la GLDF éclate et qu'une moitié de ses frères rejoignent le GO et l'autre la GLNF», se délecte François Stifani.

 

Jamais la GLNF ne s'est sentie si forte.

Enivrée par son apparent succès, elle s'est offert en 2004 sa plus grave crise interne, comme une singulière querelle de riches. Pour la première fois, l'élection du Grand-Maître ne s'est pas faite avec un candidat unique, mais entre deux prétendants !

Et, circonstance aggravante, un frère a osé se présenter contre un Grand-Maître ayant annoncé qu'il solliciterait un second mandat de trois ans. Un crime de lèse-majesté !

Ce frère «félon», c'est Gérard Ramond, 61 ans. Quelques jours après l'annonce de sa candidature, ce patron d'une entreprise de produits cosmétiques de Tarn-et-Garonne, président de la CGPME de Midi-Pyrénées, est déchu par Jean-Charles Foellner de sa fonction de Grand-Maître de la province d'Occitanie, une sorte de préfet de région dans l'ordre maçonnique.

Etonnamment courageux, le «sacrilège» Gérard Ramond commence par reprocher à l'équipe en place ses «égarements», «l'abandon de nos recherches philosophiques, au profit de préoccupations purement matérielles».

Il s'interroge sur l'intérêt d'avoir créé, début 2004, en aspirant 762 246 euros de l'OAF (œuvre d'assistance fraternelle), une fondation dont l'objet est beaucoup plus large.

«La GLNF ne saurait être une société anonyme plus ou moins opaque et entre les mains d'un petit nombre», écrit l'Occitan, accusant Foellner et ses proches de «dérives patentes».

Enfin, le postulant opiniâtre lance une flèche acérée: «Le Grand-Maître n'est ni un « élu » au sens biblique du terme ni un président pour réaliser son œuvre, mais un « frère choisi».

 L'inverse de la conception traditionnelle à la GLNF.

«Notre organisation successorale s'analyse comme la recherche d'un consensus vers un homme providentiel, expose François Stifani. Consensus, car il n'y a pas de démocratie.»

C'est pourquoi il soutient que Ramond a lancé une «candidature sauvage», avant de le qualifier de «roitelet à tendance impériale».

 

Camouflet terrible

Une accusation de mégalomanie sans doute liée à la réussite de ses grandioses tenues maçonniques, celles qui plaisaient tant au précédent grand maître, Claude Charbonniaud. La plus impressionnante fut organisée en 1997, en Lozère, dans une gigantesque salle de l'aven Armand, au milieu des stalagmites, symbolisant la spiritualité souterraine.

 

Pas de démocratie ?

Le candidat à la Grande-Maîtrise est effectivement élu par le Souverain Grand Comité, dont les membres sont désignés par le Grand-Maître, le plus souvent sur proposition des Grands-Maîtres Provinciaux, ces derniers étant révocables à tout moment par le Grand-Maître.

Un système qui a tout du serpent qui se mord la queue.

Un Grand-Maître assure dès lors très facilement sa réélection ou celle du successeur qu'il coopte. Pas très surprenant que, le 17 septembre 2004, Gérard Ramond n'obtienne que 24,4% des voix du Souverain Grand Comité.

Après la ratification à 80% de la candidature unique de Jean-Charles Foellner par les représentants des loges, la GLNF a protesté contre le développement de «campagnes de dénigrement». La plus grave concerne un ordre de transfert de 250 millions de francs CFA (381 123 euros) de la république du Congo à Jean-Charles Foellner, le 16 novembre 2002, dont le fac-similé a été publié dans la presse.

«Nous avons porté plainte pour faux, indique Me Stifani. L'affaire est instruite par la juge d'instruction Nathalie Frydman, à Paris

 

On ne prête qu'aux riches?

«Depuis que j'ai vendu mon entreprise, je suis riche et je n'ai pas besoin de ce mandat [de Grand-Maître] pour voyager», déclarait en 2003 Jean-Charles Foellner à Nice-Matin.

Lors du dernier convent du GO, il y a un an, un frère de la loge parisienne Réunion des étrangers s'est élevé contre «les réseaux maçonniques, le plus souvent la GLNF», utilisés par ceux, surtout français, qui «pillent les ressources de l'Afrique avec l'aval d'escrocs qu'ils aident à se maintenir au pouvoir». Et ces amabilités fraternelles ne sont pas restées confinées au sein du GO, mais ont beaucoup circulé à l'abri des colonnes des temples de la GLNF.

Non content d'avoir infligé un «camouflet terrible» à Gérard Ramond, selon les termes de François Stifani, Jean-Charles Foellner a cherché très rapidement à l'éliminer.

Le 6 octobre 2004, le Grand-Maître prononce sa suspension à titre conservatoire, et, le 31 mars 2005, son exclusion temporaire pour six mois et sa radiation du Souverain Grand Comité, pour avoir «manqué de rigueur et de prudence dans la gestion de la province qui lui était confiée», mais sans «enrichissement personnel» ni «préjudice pour l'association» !

 

Lavage de linge sale en public

Gérard Ramond n'est manifestement pas décidé à accepter de si lourdes sanctions pour des motifs si inconsistants, puisqu'il vient de saisir la justice profane.

Il conteste notamment son exclusion du Souverain Grand Comité, dont il était «membre à vie», une qualité qui ne se perd que lorsque cesse l'appartenance à la GLNF - ou que l'on meurt...

Ce combat judiciaire, ou cet étalage d'un volumineux linge sale en public, devrait être saignant. Et pas gagné d'avance pour la GLNF.

Le 8 mars 2005, le Suprême Conseil de sa sœur ennemie, la GLDF, fut condamné par le tribunal de grande instance de Paris à réintégrer l'ancien grand maître Michel Barat… après l'avoir exclu sans aucune procédure contradictoire !

«Si Ramond veut aller en justice, qu'il y aille !»balaie l'avocat François Stifani d'un revers de manche.

Le porte-parole de Jean-Charles Foellner apparaît moins serein lorsqu'il évoque l'ancien Grand-Maître de la province Alpes-Corse-Méditerranée Bernard Merolli, 65 ans.

Ce directeur de banque à la retraite a démissionné à la fin de l'an 2000, au moment où il était mis en cause dans une procédure judiciaire, soupçonné d'avoir demandé à des policiers de consulter des fichiers du Ministère de l'Intérieur afin de connaître les antécédents des candidats à l'initiation.

Bien qu'il le conteste catégoriquement, Merolli a été condamné le 26 novembre 2004 par le tribunal correctionnel de Nice à dix mois de prison avec sursis.

Désormais défendu par Me Gaston Carrasco, ancien procureur général de Monaco, il espère être relaxé par la cour d'appel d'Aix-en-Provence, qui rendra son arrêt le 21 septembre prochain.

«J'ai été abusivement dénoncé par Stifani, qui voulait se venger des sanctions maçonniques que je lui avais infligées après qu'il eut cherché à obtenir une fausse carte du Front national à mon nom», accuse Merolli.

«Il devrait consulter un médecin, réagit Stifani. Il a effectivement été trahi par un « frangin Judas », mais ce n'est pas moi. Au sein de la GLNF, Merolli avait surtout des ambitions démesurées, misant sur ses bonnes relations avec Charbonniaud. En fait, il voulait la place de Foellner.» Ambiance.

Foellner-Merolli-Stifani. Les trois frères se sont succédé à la tête de la province Alpes-Corse-Méditerranée de la GLNF, mais l'un des trois était de trop.

Après sa démission, Merolli a créé une nouvelle obédience, la Grande Loge des francs-maçons de France, sans en être le Grand-Maître.

 

Bernard Merolli hors jeu, Gérard Ramond provisoirement écarté et quelques autres dignitaires radiés, suspendus ou relevés de leurs fonctions: une opération de nettoyage ?

Bien des frères soupçonnent Jean-Charles Foellner, un Alsacien ayant adopté Le Luc (Var), de vouloir adouber son avocat et ami de vingt ans pour lui succéder, en 2007.

«Je n'ai pas d'ambition, je suis un homme heu-reux! réagit François Stifani, initié il y a près de trente ans au Droit humain. Je suis sans doute capable de devenir Grand-Maître, mais je n'aime pas les mondanités, je ne joue pas au golf.»

Stifani souffre d'un autre handicap : son accession au «trône» de la GLNF donnerait le sentiment que l'obédience reste durablement entre les mains de la même bande de copains, que certains appellent avec malice «les frères de la Côte».

 

LEXPRESS.fr publié le 15 août 2005

François Koch


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Published by L. Desdichado - dans Billet Myosotis Lutèce
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